Le Littoral en Haiti

Madame, Monsieur les Ministres,

Monsieur le chef des opérations de la BID,

Madame la présidente de l’Association Touristique d’Haïti,

Mesdames, Messieurs de la fonction publique,

Messieurs les agents exécutifs intérimaires,

Messieurs les inspecteurs principaux des Agences Locales des Impôts,

Chers collègues, chers invités,

 

Il y a chez nous des dossiers orphelins. Orphelins au sens où il n’y a aucune institution publique qui en est en charge de façon explicite. C’est le cas des villes. C’est aussi le cas du littoral, le bord de mer, bòd mè – qui pour les port-au-princiens évoque un type de commerce comme le décrit le cinéaste Mario Delatour, plutôt qu’un lieu, un espace. Le littoral n’existe pas comme espace naturel, espace économique, espace de vie.

Aujourd’hui, le littoral attend encore son encadrement légal et institutionnel dans un conflit d’usages qui a détruit en différents lieux l’équilibre de ces espaces fragiles.

Le littoral, c’est d’abord des villes côtières créées pour la plupart il y a plus de 200 ans et dont les populations en croissance accélérée depuis trente ans détruisent les bassins versants, produisent des déchets, qui se retrouvent sur le rivage et dans la mer : sédiments qui détruisent les coraux et créent des cônes alluvionnaires aussitôt colonisés, pollution fécale qui prend différentes formes.

Le littoral c’est aussi un important potentiel économique : sel, tourisme, ports, pêche, aquaculture).  Là aussi il y a des emplois à sauver, des espaces à gérer, des solutions à trouver pour des activités menacées par la dégradation écologique. Le tourisme propose des espaces de rêve, des hôteliers assurent contre vents et marées la survie d’un secteur économique qui ne pourra survivre à la dégradation de son environnement.

Environnement est ici un maitre mot. Phénomènes naturels et dégâts causés par l’homme ne sont pas toujours connus, compris. Le ministère de l’Environnement et le PNUE vont nous expliquer les dynamiques naturelles en jeu dans la formation et le fonctionnement des plages. Ce ne sont pas des phénomènes très connus et des interventions humaines, privés et publics confondus, faites avec toute la bonne volonté du monde peuvent fragiliser, sinon détruire un capital naturel qui a fait par exemple la réputation et la popularité du site de Pointe Sable, à Port-Salut. L’érosion côtière menace la plupart des villes du littoral, notamment les Cayes et Dame-Marie.

Ayiti gen 2000 kilomèt rivaj. Sa vle di 2000 kilomèt ki bay direkteman sou lanmè. 2000 kilomèt sa yo, sou kont 77 komin. Jodi-a ministè intériè fè vini isit la tout majistra ki reskonsab komin sa yo. Kom ministè finans fè vini 77 inspektè. Nou vle ede yo konpran-n ki richès yo gen lan men yo. Nou vle ede yo konprann ki sa kap pase jodi-a bò lanmè anayiti. Nou vle yo konprann tou ròl yo ak responsabilite yo pou mete lòd bò lan mè peyi dayiti et lod saa se yo ki pou mete-l. Lè nap pale sou desantralizazyon nan pei dayiti fòk nou konnen se yon bagay ki komanse lè magistra yo pran responsabilite yo menm si li difisil pou pran sèten desizyon.

Lavil pou anpil moun se plasdam, magazen, mache ak plas dam. Lanmè pa gen enpòtans. Devan pòt tounen deyè kay. Gen moun ki kwè se pi gwo eritaj prézidan Estimé te kite pou nou : ce rantre lanmè nan vil potoprens lè li te fè bisantnè. Nou vle ede reskonsab yo konpran ke nan lòt peyi bò lan mè se yon kapital, se kom yon lajan ke ou gen labank et ke ou ka sèvi avèl pou fè devlopman peyi ou, peyi nou.

Comme dans beaucoup de pays, le bord de mer appartient à l’Etat. En Haïti, ce dispositif légal remonte à la colonisation française : 50 puis 100 pas réservés au roi. C’est une tradition institutionnelle et légale qui ne repose sur aucun texte légal d’après 1804 mais qui est attestée par les registres de la Direction du Domaine à la DGI. Le littoral est un espace indéfini dans la législation et les politiques publiques. Institutionnellement, la DGI n’est pas en connaissance des pratiques et des rentrées faites sur les terres de l’Etat dans les communes côtières : la gestion effective de ces espaces est laissée aux préposés aujourd’hui inspecteurs de la DGI et aux agents des mairies. Les lais et relais de la mer colonisés par les populations sont devenus une source incontrôlée de revenus pour les mairies et constituent un risque majeur dans beaucoup de villes.

Il y a quelques mois, au début de cette année, le ministre de l’Economie et des Finances s’est alarmé de la dégradation du littoral haïtien et du gaspillage des terres de l’Etat en bord de mer par des fonctionnaires indélicats. Une mission en Martinique d’abord, différents ateliers de travail ensuite, ont permis de dégager des pistes qui sont soumises à votre appréciation aujourd’hui. Les objectifs aujourd’hui sont les suivants :

  • Informer, autorités nationales, autorités locales, acteurs économiques, citoyen ordinaire
  • Poser les bases d’une politique nationale du littoral
  • Etablir la nature interministérielle du dossier et contribuer à définir le rôle des institutions publiques dans la protection du littoral

On peut aussi dire que l’objectif de cet atelier de travail, c’est de trouver des parents à cet orphelin qu’est aujourd’hui le littoral haïtien. Ministère de l’Economie et des Finances, ministère de l’Environnement, ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, ministère du Tourisme et des Industries créatives, ministère des Travaux publics, Transports et Communication, hôteliers et riverains sont solidairement responsables.

Je vous souhaite une journée intéressante. Les diverses présentations ont été prévues pour stimuler la curiosité et l’envie de passer à l’action.

Je vous remercie de votre attention.